Greenpeace fait pression sur la conserverie Petit Navire

Greenpeace est en guerre contre les dispositifs de concentration des poissons (DCP) qui prélèvent trop de poissons, sans tenir compte de leur taille ou de leur espèce. « Alors que plusieurs marques de thon en boîte ont commencé à modifier leurs pratiques, Petit Navire refuse d’évoluer et reste l’un des plus mauvais élèves des marques présentes sur le marché hexagonal », accuse l’organisation dans un communiqué. Les militants ne font pas qu’énoncer les faits, ils agissent aussi. Alors que l’accès à la conserverie Petit Navire de Douarnenez (Finistère) est bloqué depuis ce lundi matin, ils ont également caché les boîtes de thon au fond des rayons.

Les DCP consistent à attirer les poissons sous un faux récif, puis à refermer une nasse sur eux. Cette méthode ne permet pas de faire de distinction entre les thons adultes et les juvéniles, mais aussi par rapport aux autres espèces. « Ils attirent tout un tas de vie marine, des thons, des requins, parfois des tortues et aussi des petits thons qui n’ont pas eu le temps de se reproduire. Jusqu’à un million de requins sont tués par les DCP rien que dans l’océan Indien », dénonce Hélène Bourges, chargée des campagnes océans chez Greenpeace France.

Le thon albacore, qui constitue la majeure partie des conserves consommées en France, est massivement surpêché par rapport au renouvellement des stocks dans l’océan Indien alors que sa pêche n’est pas régie par des quotas. La Commission des thons de l’océan Indien (CTOI) avait d’ailleurs tiré la sonnette d’alarme en 2015. Grâce à la pression exercée par les ONG, plusieurs industriels se sont engagés à modifier leurs techniques de pêche.

Pour l’heure, la position de Petit Navire est de nier l’évidence. Alors que les palangriers utilisés dans un grand nombre de pays du monde annoncent entre 40 et 60 % de prises annexes, Petit Navire assure que ses DCP ne collectent « que » 0,3 à 0,5 % de prises d’espèces en danger. « Si cette pêche est gérée de manière responsable et raisonnable, il n’y a aucune raison de la remettre en question », se défend Amaury Dutreil, directeur général de Petit Navire. Il souligne que la marque a mis en place un plan d’action qui va « au-delà de la méthode de pêche […]Nous ambitionnons de passer tout notre approvisionnement de poissons sous la certification MSC et nous avons lancé un grand programme d’amélioration de la gestion de la pêcherie de thon albacore dans l’océan Indien pour améliorer le niveau de stock de poisson, mais aussi réduire tout l’impact écologique de la pêche ».

Aux côtés de 38 entreprises du secteur et à l’initiative du WWF, la marque a pourtant cosigné un appel à la CTOI pour demander de mieux réglementer les prises de thon albacore. Cette lettre demande notamment une réduction de 20 % des prises et un meilleur contrôle des quantités. « C’est maintenant aux États membres de la CTOI de prendre leurs responsabilités et d’agir », prévient Isabelle Autissier, présidente du WWF France.

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