Au Kenya, les toilettes publiques produisent du biogaz pour la cuisine

Pour résoudre le problème sanitaire et celui de la déforestation, Umande Trust construit des toilettes publiques pour produire du biogaz pour la cuisine.

En tant que pays pauvre, le Kenya fait face à plusieurs problèmes. Alors que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estime qu’un million et demi de personnes meurt chaque année de diarrhée, souvent due à de piètres conditions sanitaires, le pays perd chaque année 324 millions de dollars en heures non travaillées pour raison de maladies occasionnées par un mauvais système d’assainissement. D’un autre côté, la plupart des habitants utilisent le charbon de bois pour cuisiner, un combustible obtenu en abattant des arbres et carbonisant les rondins, un procédé émetteur de C02. C’est pour résoudre ces deux problèmes que l’organisation de défense des droits de la personne Umande Trust construit des toilettes publiques dans des centres communautaires.

Alors que ces problèmes sont là, le gouvernement n’a commencé que récemment à construire des égouts. Le processus est lent et pourrait prendre des années, pour autant que le projet soit mené à terme. C’est pour cela qu’il est estimé que quatre millions de tonnes de boues fécales se déversent chaque année dans les cours d’eau et les champs du Kenya. C’est aussi pour cette raison qu’Umande Trust construit des toilettes publiques, mais pas n’importe quelles installations.

L’approche innovante imaginée par Umande Trust est de fournir des toilettes à un prix abordable aux habitants. C’est ainsi que le Katwekera Tosha BioCentre a été inauguré en 2007, un bâtiment circulaire de trois niveaux. On trouve une dizaine de toilettes et des douches qui coûtent 5 shillings (4 centimes d’euro) à utiliser, mais aussi une petite cuisine dont les habitants peuvent se servir pour 10 shillings. « En dessous, nous avons installé un biodigesteur », explique Fred Amuok. « Tous les déchets vont là », ajoute-t-il en expliquant que le biogaz produit sert à alimenter les cuisinières.

De fait, en plus de résoudre le problème sanitaire représenté par l’absence d’égout, ces toilettes publiques contribuent à réduire la déforestation. « Nous encourageons les gens à se détourner du charbon de bois, parce qu’en l’utilisant nous détruisons l’environnement », précise Fred Amuok.

Un rôle social pour les toilettes publiques

Entre le millier de personnes qui utilisent ces toilettes chaque jour et la possibilité de cuisiner sur place, les 64 BioCenters d’Umande Trust sont devenus de véritables points de rencontre communautaire. En plus, ces structures offrent un espace public où les gens peuvent venir regarder des matchs de foot, se réunir, étudier ou faire du sport. De plus en employant deux femmes pour assurer la propreté et encaisser le prix d’accès, les toilettes publiques d’Umande Trust génèrent également des emplois.

Pour aller encore plus loin dans sa démarche, l’intention de l’organisation de défense des droits de la personne est de trouver des méthodes pour stocker le biogaz et le vendre aux gens afin qu’il l’utilise pour cuisiner au lieu du charbon. Pour l’heure, un système de sacs renforcés n’est pas véritablement concluant et un moyen de comprimer le gaz dans des boîtes en métal est à l’étude. Il reste aussi à relever le défi de convertir les déchets restants en fertilisants agricoles.

Les toilettes publiques d’Umande Trust créent des émules

Les toilettes publiques d’Umande Trust intéressent désormais le gouvernement. Une vingtaine d’installations supplémentaires seront construites.

Par ailleurs, l’ONG Practical Action a repris l’idée pour la transposer dans des régions rurales du Sri Lanka. Faute de pouvoir compter sur suffisamment de personnes, elles utilisent les déjections animales.

Dix ans après leur ouverture, les BioCentres d’Umande Trust sont toujours opérationnels et toujours utilisés. À travers tout le Kenya, des dizaines de milliers de personnes fréquentent ces toilettes publiques chaque jour.

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Véritable touche à tout qui traine déjà derrière lui un long parcours professionnels dans le monde de la technologie, j'ai un jour décidé de me réorienter vers le journalisme par goût pour l'information et l'actualité. De fil en aiguille, j'ai été amené à écrire pour linformatique.org. Que cela soit la miniaturisation, les innovations ou l'amélioration des performances, ce qui concerne le progrès m'intéresse. Comprendre les choses, comme la création de l'univers, ce qui s'est passé au néolithique, ce qui compose une comète ou l'impact du génome sur une maladie sont très motivant pour moi en raison de l'impact de ces découvertes sur notre passé, notre présent et notre futur.

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