Le réchauffement de l’Arctique : les nuages mis en cause par la NASA

Une nouvelle analyse de la relation entre les nuages, la banquise de l’Arctique et le changement climatique au niveau de cette zone tranche avec les hypothèses qui étaient précédemment émises. C’est le chercheur Patrick Taylor qui est à l’origine de ce revirement de situation. Expert en sciences atmosphériques au Centre de Recherche Langley de la NASA, il a exploité les données combinées de deux satellites pour étayer sa recherche. Détails sur cette étude pionnière.

L’évolution de l’Arctique sous l’impact du changement climatique est un sujet qui est crucial dans la compréhension du réchauffement de la Terre. C’est la zone du globe qui est la plus puissante en matière de réflexion des rayons du soleil, elle contribue donc grandement à réduire les quantités d’énergie solaire absorbées par la Terre. C’est également la zone qui a connu la montée thermique la plus rapide sur ces derniers 100 ans, ce qui limite ladite puissance.

Les nuages, de bons réflecteurs de l’énergie solaire

Les recherches liées au réchauffement de l’Arctique convergent vers l’hypothèse selon laquelle les nuages joueraient un rôle d’amortisseur vis-à-vis de la température, particulièrement en été. Une explication qui repose sur le raisonnement suivant : en période estivale, la banquise est plus fine, sous l’effet de rayons solaires plus puissants, cela mène à une absorption plus forte de cette énergie par les océans qui en deviennent plus chauds et plus évaporables. Qui dit évaporation, dit formation de nuages qui, à leur tour, reflètent la lumière du soleil, réduisant les températures.

Selon CloudSAT et CALIPSO, pas d’impact de la fonte estivale sur les nuages

Une argumentation qui semble solide, si toutefois il est prouvé que les nuages couvrant l’Arctique sont plus nombreux en été. Et c’est sur ce point qu’intervient le professeur Taylor pour réfuter le cycle susmentionné. Les données récoltées par deux satellites d’observation atmosphérique et spécifiquement des nuages montrent qu’il n’y a pas de différence, en termes de concentration de ces derniers en été, entre le ciel au-dessus de la banquise et celui de l’océan. Les satellites en question sont CALIPSO, qui a fêté ses dix ans d’observation le 28 avril dernier, et CloudSAT. La combinaison de leurs analyses du ciel entre 2006 et 2010 a permis d’avoir une toute nouvelle perspective, grâce à l’observation verticale des nuages. Cela impliquerait, selon Taylor, « qu’il n’y a pas de réaction de la part des nuages vis-à-vis de la fonte de la banquise en été, ce qui signifie probablement que les nuages ne ralentissent pas le changement climatique qui est en train de s’opérer en Arctique — les nuages ne fournissent pas l’effet stabilisateur qui était escompté ». Résultat : l’Arctique pourrait se réchauffer beaucoup plus vite que ce qui est estimé.

Le double-jeu des nuages

Ce qui entre en jeu dans cette analyse qui remet en cause les précédents modèles, c’est le double rôle joué par les nuages. Si leur capacité à refléter les rayons solaires a toujours été prise en compte, ce qui a été sous-évalué, c’est l’effet de couverture qu’ils génèrent. Durant la journée, c’est le premier rôle qui domine, la blancheur des nuages renvoyant une partie de l’énergie solaire vers l’espace. Par contre, les nuages du soir bloquent la chaleur résiduelle qui a été accumulée.

À hiver plus chaud, banquise plus fine en été

Appliqué à l’Arctique, ce raisonnement explique comment les nuages de l’automne et de l’hiver, saisons sans soleil, pourraient retenir la chaleur absorbée durant l’été. D’autant plus qu’une augmentation de la concentration des nuages pendant l’automne bien été relevée par Taylor. En résumé : plus de nuages tout au long des saisons les plus froides empêcheraient la banquise de refroidir et feraient qu’elle s’amincisse d’année en année durant l’été, un autre fait qui a été étayé par les observations des satellites de la NASA.

Les conditions météorologiques et la formation des nuages

L’aspect inédit de la recherche du Pr Taylor ne se limite pas au réchauffement arctique induit par les nuages. Ses résultats montrent également que les hypothèses précédemment retenues quant à la relation entre banquise et formation des nuages sont à revoir. Selon lui, cette relation est surévaluée puisque les conditions météorologiques jouent un rôle 10 fois plus important dans ce cadre que celui de la banquise. Pour arriver à cette conclusion, Taylor a étudié ladite relation différemment : au lieu de se contenter de suivre l’évolution des nuages et celle de la banquise mensuellement, il a exploité l’imagerie satellitaire sur des périodes plus courtes pour classer les observations selon ce qu’il a nommé les « régimes d’état atmosphérique ». Un classement qui a permis de regrouper les images de la banquise et des nuages selon les valeurs de paramètres tels que l’humidité, la température et le vent. Cette approche plus détaillée serait également l’explication d’une concentration de nuages plus grande en automne qu’en été.

Une revue des prévisions s’impose

Bien entendu, plusieurs études devraient être conduites pour confirmer les résultats de Taylor et mieux éclairer certaines de ses découvertes. En tout cas, elle risque de secouer les chercheurs spécialistes de l’Arctique et son réchauffement climatique. De nouvelles questions se poseront certainement quant à l’énergie solaire totale absorbée par l’Arctique et les températures à sa surface, qui représentent des points cruciaux dans le cadre des prévisions relatives à la banquise arctique.

Pour consulter le travail publié par Pr Taylor : http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/2015JD023520/full

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Avec des parents scientifiques, j’ai été bercée depuis mon plus jeune âge dans domaines de compétence qui me dépassaient complètement. Bien qu’ayant choisi une carrière de journaliste, je me suis naturellement toujours retrouvée à parler de ce genre de sujets. Les thèmes qui me passionnent le plus ? La physique par mon père, la biologie pas ma mère. Mais je l’avoue, je suis loin d’être aussi compétente qu’eux.

Après avoir roulé ma bosse en travaillant pour diverses publications, je me suis retrouvée à écrire pour des sites internet. Je trouve que cette approche du journalisme colle plus à l’ère du temps.

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