Neutralité du net : Facebook accusé de créer un « internet des pauvres »

L’objectif de l’initiative internet.org est de permettre à tout le monde de se connecter au web. En Inde, des voix s’élèvent pour accuser Facebook de vouloir créer un « internet des pauvres ».

Avec sa vocation de vouloir connecter à internet toutes les personnes qui n’y ont pas encore accès, l’objectif de l’initiative internet.org pilotée par Facebook a tout pour séduire. Mais voilà, la polémique gronde, un vent de contestation s’est levé en Inde.

En Inde, une application internet.org, proposant une quarantaine de services, parmi lesquels bien évidemment Facebook, est disponible. C’est elle qui a servi de déclencheur à la controverse, en vertu de sa violation du principe de neutralité du net.

Alors que la neutralité garantit un traitement technique identique à tous les fournisseurs de contenus, petits ou grands, consensuels ou dérangeants, ce n’est pas du tout le cas de l’application internet.org qui fait un tri, surtout en valorisant ses propres services.

Après la Zambie, la Tanzanie, le Kenya, le Ghana ou encore la Colombie, l’application internet.org a été lancée en Inde au mois de février. D’un moteur de recherche à Wikipédia, en ne passant pas Facebook, un outil de messagerie instantanée, l’accès à des sites d’information, d’éducation, de santé et de recherche d’emploi, son accès est gratuit grâce à un partenariat avec l’opérateur téléphonique Reliance.

Après plusieurs jours de controverse, le voyagiste Cleartrip a été le premier à annoncer son départ du projet : « Les récents débats sur la neutralité du net nous ont amenés à repenser notre approche concernant internet.org, et l’idée que de grandes entreprises aient leur mot à dire sur qui a accès à quoi. […] Nous ne voulons pas influencer les choix des consommateurs en limitant leurs options. »

« Il n’y a eu aucun arrangement financier entre nous et internet.org. Nous n’avons pas été payés, et nous n’avons pas dû payer pour participer. […] Puisqu’il n’y avait pas de question d’argent, nous avons cru naïvement que nous allions contribuer à une bonne action. », explique Cleartrip.

D’autres ont suivi, comme le grand groupe de médias indien Times Group. Il encourage même ses concurrents à en faire de même dans un communiqué : « Nous soutenons la neutralité du net car elle offre un terrain de jeu juste et égalitaire à toutes les entreprises pour produire les meilleurs services et les offrir aux consommateurs. Nous mènerons la lutte pour la neutralité du net, mais nous avons besoin que nos confrères le fassent aussi, pour que le terrain de jeu reste égalitaire. »

Ce qui dérange, c’est la manière dont les services sont choisis. Très obscure, la méthode laisse supposé un certain favoritisme, comme la présence de Bing au lieu de Google pour le moteur de recherche, de l’absence de YouTube appartenant aussi à Google, mais surtout concurrent direct à Facebook pour la diffusion de vidéos, etc.

Face à ces accusations, Mark Zuckerberg a réagi en répondant sur son compte Facebook. « Nous soutenons pleinement la neutralité du net. […] Mais la neutralité du net n’entre pas en contradiction avec le fait de travailler pour connecter de plus en plus de personnes. Ces deux principes peuvent et doivent coexister. Pour donner à plus de personnes accès à internet, il est utile d’offrir quelques services gratuitement. Si quelqu’un n’a pas les moyens de payer une connexion, il vaut toujours mieux un peu d’accès que pas du tout. »
Le site d’information Quartz qualifie ce positionnement de « racisme économique » alors que Wired évoque la création d’un « internet pour les pauvres ».

À croire Mark Zuckerberg, Facebook soutient la neutralité du net depuis de nombreuses années. En 2009 par exemple, le patron avait cosigné une lettre vantant les mérites de la neutralité du net en compagnie des fondateurs d’autres grandes entreprises du web comme Google ou Amazon. Il s’agissait de « assurer que les consommateurs aient la possibilité de choisir les contenus et les services auxquels ils souhaitent accéder avec leur connexion internet ». En 2010, son porte-parole Andrew Noyes avait déclaré que Facebook « continuait à soutenir les principes de la neutralité du net » et d’« un internet ouvert, accessible aux innovateurs, peu importe leur taille ou leur richesse ».

Malgré ces belles déclarations d’intention de la part de Facebook, faut-il vraiment croire le réseau social ? À la vue des arguments soulevés par l’Inde, il est vrai qu’il y a de quoi se poser des questions. Et lorsque Mark Zuckerberg se retranche derrière l’aspect philanthropique d’internet.org, on peut tout de même se poser la question si c’est réellement le cas… que cette version de Facebook soit par exemple dispensé de tout contenu publicitaire maintenant et à l’avenir… Eh oui, finalement, il faut bien prendre en considération que plus il y a de monde connecté à internet, plus les revenus qui découlent des utilisateurs sont importants, que l’on parle de philanthropie ou pas.

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Une fille dans l’informatique était mal vue à l’époque de mes études. C’est pour cette raison que l’on m’a cantonné à des rôles secondaires lors des travaux de groupe, notamment celui de centralisateur des informations. Ce rôle central, au final crucial, m’a plu. C’est comme cela que je suis devenue chef de projet. Plus tard, cette attirance pour l’information m’a poussé à suivre des cours de journalisme.
Comme j’avais la propension de centraliser l’actualité technologique, un ami m’a dit un jour : «Emilie, tu peux le faire ». C’est comme cela que je me suis retrouvée embarquée dans l’aventure de linformatique.org. Vu mon boulot, ce sont surtout les nouvelles technologies qui m’intéressent le plus.

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