Philaé atterrisseur : atterrissage historique sur une comète

« Nous ne pouvons pas être plus heureux que nous le soyons actuellement », déclaré Andrea Accomazzo, le directeur des opérations de vol de Rosetta, une phrase qui résume à elle seule la prouesse qui vient d’être réalisée : poser un engin sur une comète.

La tension était à son comble au Centre européen d’opérations spatiales (Esoc) à Darmstadt, jusqu’à 16h00 GMT, lorsque le module Philae a enfin communiqué pour dire « Nous sommes là. Nous sommes assis sur la surface. Philae nous parle… », jubile Stephan Ulamec, le directeur d’atterrissage du module, ajoutant « Nous sommes sur la comète », ou Andrea Accomazzo, le directeur des opérations de vol de Rosetta, qui déclare « Nous ne pouvons pas être plus heureux que nous le soyons actuellement ».

Cette euphorie est parfaitement légitime vu que c’est la première fois que l’homme arrive poser un engin robotisé sur une comète, le plus est dans une mission réalisée en toute sécurité.

La liesse a tout de même été légèrement ternie après la découverte que les deux harpons, censés arrimer Philae à la comète, n’avaient pas été tirés comme prévu. Vu la faible gravité de la comète, les scientifiques craignent un éventuel rebond. C’est ainsi que Stephan Ulamec commente : « Peut-être que nous n’avons pas atterri une fois… mais deux ».

Maintenant que Philae est posé sur la comète 67P/ Tchourioumov-Guérassimenko, le module donne la chance unique aux scientifiques de découvrir une comète, de l’analyser, mais aussi de suivre son comportement alors qu’elle va de plus en plus de rapprocher du soleil.

La mission Rosetta, qui est loin d’être achevée, aura couté la bagatelle de 1,58 milliard de dollars, un investissement fait dans le but de percer le secret des comètes, mais aussi de mieux comprendre la naissance du système solaire. Les espoirs des scientifiques sont que Rosetta et Philae permettent de découvrir comment le système solaire s’est formé et comment les comètes ont contribué à transporter de l’eau et des composés organiques sur les planètes, ce qui a préparé la Terre à devenir vivable.

L’exploration des comètes par l’homme ne date pas d’aujourd’hui. En 1986, la NASA a envoyé une mission dans la queue de la comète de Halley. En 2005, la sonde Deep Impact a pour sa part lancé un bloc de cuivre sur la comète Temple 1. De toutes les missions précédentes, aucune ne s’était posée sur une comète.

L’exploit de l’Agence spatiale européenne (ESA) est donc de taille et réussissant le lancement de la sonde Rosetta, il y a 10 ans, depuis son centre spatial de Kourou en Guyane française, pour son voyage dans l’espace de plus de milliards de kilomètres, mais aussi sa mise en orbite autour de la comète 67P/ Tchourioumov-Guérassimenko alors qu’elle se déplace à 135 000km/h. C’est ainsi que Jean-Jacques Dordain, directeur général de l’ESA, déclare : « Nous avons été les premiers à le faire, cela restera à jamais ».

Chris Hadfield, ancien astronaute canadien et commandant de la Station spatiale internationale (ISS), a tweeté que « Les comètes sont la source originelle de l’eau de la Terre. Ce tout petit atterrisseur est maintenant en position, prête à réécrire ce que nous savons sur nous-mêmes ».

Selon les premières informations en provenance de Philae, l’atterrissage s’est avéré plus doux que prévu. Le seul souci est donc les deux harpons qui n’ont pas été tirés, un problème qui pourrait remettre en cause la stabilité du module, mais aussi faire craindre que l’atterrisseur ne puisse pas rester longtemps en place.

Il faut dire que tout est compliqué avec Rosetta et Philae, les deux engins étant situés à quelque 510 millions de kilomètres de la Terre, les signaux mettant la bagatelle d’une demi-heure à traverser l’espace alors même qu’ils se déplacent à la vitesse de la lumière. À cela, il faut ajouter que la surface de la comète, cartographiée par la sonde en orbite, montrait un terrain accidenté peu propice à un atterrissage sûr. Alors que de nombreux paramètres auraient pu faire capoter la mission de Philae, l’atterrisseur a réussi l’impossible exploit de se poser comme prévu alors que les chances de réussite de la mission étaient estimées à seulement 50%.

Alors que la joie est de mise, l’attention des scientifiques est toute tournée vers le présent et le futur de la mission. C’est ainsi que les premières images, de Philae prise par Rosetta et de la sonde prise par l’atterrisseur, ne sont que l’avant-goût de ce que les scientifiques attendent comme résultats.

Comme le confirme Stephan Ulamec, les premiers résultats télémétriques transmis par Philae sont « fantastiques », mais ce sont des analyses qui sont attendues. C’est ainsi que Rosetta va prendre des images de plus haute résolution de la comète, tenter de déterminer sa densité, sa température et sa composition chimique, mais aussi capturer de la poussière et des gaz dans le but de les analyser. À la surface de la comète, Philae va notamment faire un forage de 20 cm de profondeur dans le but d’analyser sur site la composition de la comète. Grâce à ses 10 instruments embarqués, le module devrait pouvoir fournir de nombreuses réponses aux interrogations des scientifiques.

Il est prévu que la mission Rosetta dure jusqu’en décembre 2015. Pour la suite, tout dépendra du carburant qui sera encore disponible dans les réservoirs, une extension de la mission de six mois étant parfaitement possible, ce qui donnerait la possibilité aux contrôleurs de la mission de prendre plus de risque, par exemple pour voler dans les jets de poussières et de gaz de la comète. Pour sa part, la mission de Philae dépendra de sa faculté à pouvoir recharger ses batteries grâce à ses panneaux solaires. Pour l’heure, le module est doté d’une autonomie d’une quarantaine d’heures.

Si tout se passe bien pour Philae, il devrait pouvoir fonctionner jusqu’en mars prochain avant que son électronique commence à devenir non opérationnel, car trop chaude, à l’approche du Soleil. Pour autant qu’il puisse s’arrimer correctement à la comète, il pourrait pourtant voyager avec elle encore de nombreuses années.

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Une fille dans l’informatique était mal vue à l’époque de mes études. C’est pour cette raison que l’on m’a cantonné à des rôles secondaires lors des travaux de groupe, notamment celui de centralisateur des informations. Ce rôle central, au final crucial, m’a plu. C’est comme cela que je suis devenue chef de projet. Plus tard, cette attirance pour l’information m’a poussé à suivre des cours de journalisme.
Comme j’avais la propension de centraliser l’actualité technologique, un ami m’a dit un jour : «Emilie, tu peux le faire ». C’est comme cela que je me suis retrouvée embarquée dans l’aventure de linformatique.org. Vu mon boulot, ce sont surtout les nouvelles technologies qui m’intéressent le plus.

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