Rosetta : une réponse sur l’origine de l’eau sur Terre ?

L’eau découverte par Rosetta étant très différente de celle que l’on trouve sur Terre, la sonde a peut-être répondu à une question sur l’origine de l’eau sur notre planète.

Cela fait maintenant de nombreuses années que les scientifiques tentent de comprendre comment se sont formés les océans, plus précisément d’où vient l’eau qui les compose. Comme l’explique Bernard Marty, chercheur au centre de Pétrographie de Nancy, « La croissance de la protoTerre est sèche, car l’environnement est chaud et les éléments volatils ne peuvent pas se condenser. Mais la planète est bombardée par des corps hydratés, qui viennent de régions plus distantes du Soleil ».

La question est donc de savoir quels sont ces corps hydratés : les comètes ou les astéroïdes ?

Selon les résultats de la mission Rosetta publiés ce mercredi 10 décembre, la sonde a peut-être fourni un élément de réponse déterminant. C’est dans la revue Science que les chercheurs en charge de l’instrument Rosina livrent leur explication.

Alors que l’eau a pour formule H2O, toutes les eaux ne sont pas totalement identiques selon le ratio de molécule à base d’hydrogène (H2O) ou de deutérium (HDO), un isotope, c’est-à-dire un cousin de l’hydrogène plus lourd. C’est en faisant le ratio de la présence de ces deux molécules que les scientifiques tirent une sorte de signature de l’eau.

Comme les chercheurs ont également découvert que l’eau à base de deutérium est plus ou moins présente selon les régions du système solaire, ils peuvent utiliser le ratio D/H comme traceur pour l’origine de l’eau.

C’est ainsi que, depuis les années 80, la sonde Giotto et des télescopes ont permis de calculer de ratio pour une dizaine de comètes du nuage d’Ooort. Le verdict est que « Ces résultats ne collaient pas à la croyance selon laquelle les comètes avaient apporté l’eau terrestre », résume Christelle Briois, alors que, parallèlement, les ratios observés dans les météorites carbonées, entre Mars et Jupiter, sont similaires à ceux de nos océans. Cette constatation alimente l’éventualité que l’eau terrestre ait été apportée par les astéroïdes, une thèse d’autant plus crédible que d’autres rapports isotopiques correspondent, comme celui de l’azote.

Si tout semblait limpide dans le meilleur des mondes, l’équipe en charge de recueillir les données du télescope Herschel qui a analysé la comète 103P/Hartley et une autre comète de la famille de Jupiter, qui proviennent toutes deux de la ceinture de Kuiper, découvre que le fameux rapport isotopique est similaire à celui des océans. Cette découverte relance l’hypothèse que les comètes pourraient avoir apporté leur eau à notre Terre.

C’est à ce stade du dilemme entre astéroïdes et comètes que la mission Rosetta entre en jeu avec des résultats scientifiques qui pourraient mettre tout le monde d’accord. En effet, la chercheuse Kathrin Altwegg, de l’université de Berne (Suisse), annonce dans un article publié dans Science que le ratio D/H découvert sur Tchouri est trois fois supérieur à celui de nos océans. Plus surprenant encore, il s’agit du ratio le plus élevé jamais observé sur un corps du système solaire.

Sur la base de cette découverte, il apparait évident que l’eau de nos océans ne peut pas provenir d’astéroïdes du type de Tchouri.
Si cette découverte ne fait que relancer le débat sur l’origine de l’eau sur la Terre, elle conforte tout de même un modèle qui considère que le taux de deutérium est lié entre à la distance de l’objet et du Soleil. « Plus on s’éloigne du soleil, plus ce rapport D/H augmente », explique Bernard Marty.

De fait, cette découverte faite sur Tchouri permet de conforter ce modèle vu que la comète provient originellement de la ceinture de Kuiper, un réservoir de comètes situé aux confins du système solaire.

Cette découverte faite sur Tchouri permet également de montrer que les comètes proches de Jupiter sont beaucoup plus complexes que ce qui était prévu. « Elles ne proviennent pas uniquement de la ceinture de Kuiper, certaines viennent sans doute d’ailleurs et s’apparentent davantage à des astéroïdes troyens », commente Christelle Briois. Cela sous-entend que la dynamique de la formation du système solaire conserve encore certains mystères.

L’espoir est maintenant que Rosetta livre ses autres données, sur d’autres corps volatils tels que l’azote, pour peut-être fournir d’autres éléments de réponses, ou soulever d’autres interrogations.

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Une fille dans l’informatique était mal vue à l’époque de mes études. C’est pour cette raison que l’on m’a cantonné à des rôles secondaires lors des travaux de groupe, notamment celui de centralisateur des informations. Ce rôle central, au final crucial, m’a plu. C’est comme cela que je suis devenue chef de projet. Plus tard, cette attirance pour l’information m’a poussé à suivre des cours de journalisme.
Comme j’avais la propension de centraliser l’actualité technologique, un ami m’a dit un jour : «Emilie, tu peux le faire ». C’est comme cela que je me suis retrouvée embarquée dans l’aventure de linformatique.org. Vu mon boulot, ce sont surtout les nouvelles technologies qui m’intéressent le plus.

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