Tara Océans : premières publications sur la vie des océans

Tara Océans c’est le voilier Tara, mais aussi la pêche au plancton effectuée sur toutes les mers du globe. L’aboutissement pour ce consortium est la publication des premiers articles sur ses recherches océanographiques.

Le consortium international Tara Océans a associé des équipes de chercheurs aux marins de la fondation Tara, qui a choisi de faire de sa célèbre goélette un navire de recherche océanographique et un étendard de la défense des mers. De 2009 à 2013, le voilier a été à la pêche au plancton sur toutes les mers du globe.

« Le plancton, c’est bien plus que de la nourriture pour les baleines », explique Chris Bowler (ENS, Inserm, CNRS). « Ces micro-organismes sont à la base de toute la chaîne alimentaire des océans, mais aussi de mécanismes qui influencent l’ensemble de la planète, comme le cycle du carbone. Ils représentent 80% de la biomasse des océans, et produisent par photosynthèse la moitié de l’oxygène que nous respirons. »

« Notre objectif était de corréler la complexité de la vie planctonique et l’environnement dans lequel elle évolue », explique Eric Karsenti (EMBL Heidelberg, CNRS).

Au cours de ses missions, Tara a remonté dans ses filets des virus, des bactéries, des protistes (des organismes le plus souvent unicellulaires, ni animaux, ni plantes), pêchés essentiellement dans les 200 premiers mètres de profondeur, et jusqu’à 1 000 mètres. Les mailles pouvaient retenir tout être vivant d’une taille allant de 0,02 micromètre à quelques millimètres. Ce sont ainsi un total 35 000 échantillons qui ont été prélevés dans 210 sites.

Un des objectifs était de décrire les gènes d’une partie de ces minuscules habitants des mers. Au génoscope d’Evry (CEA), le crible des séquenceurs à ADN a tamisé plus de 40 millions de gènes, pour la plupart nouveau pour la science. L’analyse de plus de 35 000 espèces de procaryotes (des organismes cellulaires sans noyau) a montré leur répartition en différentes communautés, « dont la composition était principalement dépendante de la température de l’eau », souligne Shinichi Sunagawa (EMBL).

L’aboutissement pour le consortium Tara Océans est la publication conjointe d’articles dans plusieurs revues prestigieuses, dont le journal Science.

Une des découvertes faites est que le mode d’interaction entre cette multitude d’organismes marins est inattendu. « Pour la plupart, la collaboration est plus importante que la compétition », note Eric Karsenti. « C’est un résultat très important, car il pourrait modifier la façon dont on envisage généralement l’évolution, avec l’idée qu’elle est commandée par la survie du plus fort. »

« L’écosystème marin n’est pas comme une forêt avec sa chaîne alimentaire pyramidale classique, où le carnivore mange l’herbivore », rebondit Chris Bowler. « Il y a toute une série d’organismes, parasites ou symbiotiques, qui assurent d’autres services, comme le recyclage. »

La publication de ces résultats ne signifie pas pour autant la recherche entamée soit achevée. L’analyse génétique n’en est qu’à ses débuts. Alors que chaque organisme repêché a été observé au microscope et dûment photographié, le gros du travail reste à faire pour connecter les séquences ADN à leurs propriétaires légitimes. Chris Bowler estime que ce sera la mise à disposition des données et leur exploitation par d’autres équipes qui donneront la vraie mesure de la postérité de Tara Océans.

Pour l’heure, Tara prépare sa prochaine mission qui sera consacrée aux coraux dans le Pacifique. Elle s’annonce tout aussi exigeante du point de vue de l’interdisciplinarité.

Pour finir, il est bon de souligner que Tara n’est pas seulement un défi scientifique, mais aussi, et même surtout, une aventure humaine. En mer, les chercheurs ont dû cohabiter avec des marins, artistes et autres au quotidien sur un bateau de 36 mètres de long encombré de matériel. « Il y a une grande biodiversité sur Tara », sourit Romain Troublé. « 230 scientifiques de 35 ou 36 nationalités différentes se sont succédé. À chaque fois que nous nous sommes approchés des côtes d’un pays, nous avons convié des chercheurs locaux à se joindre à nous. Le travail qui se fait à bord, jour et nuit, avec des appareils performants, certains de nos invités ont vu cela comme de la science-fiction ! »

À cela, il ne faut pas non plus omettre que les missions de Tara ont nécessité de la logistique, des financements, l’enthousiasme des mécènes, des éléments cruciaux qu’il faut organiser et maintenir.

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Une fille dans l’informatique était mal vue à l’époque de mes études. C’est pour cette raison que l’on m’a cantonné à des rôles secondaires lors des travaux de groupe, notamment celui de centralisateur des informations. Ce rôle central, au final crucial, m’a plu. C’est comme cela que je suis devenue chef de projet. Plus tard, cette attirance pour l’information m’a poussé à suivre des cours de journalisme.
Comme j’avais la propension de centraliser l’actualité technologique, un ami m’a dit un jour : «Emilie, tu peux le faire ». C’est comme cela que je me suis retrouvée embarquée dans l’aventure de linformatique.org. Vu mon boulot, ce sont surtout les nouvelles technologies qui m’intéressent le plus.

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