Tchouri : les dernières révélations de Rosetta

Dans sept articles publiés dans la revue Science, les scientifiques engagés sur la mission Rosetta nous livrent leurs premières observations de la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko.

Après un voyage de dix ans, quelque quatre billions de miles parcourus dans l’espace, la sonde Rosetta est arrivée à proximité de la comète 67P/Churyumov-Gerasimenko. Depuis que la sonde est en orbite autour de la comète, les scientifiques peuvent étudier observer de près la comète alors qu’elle se rapproche du Soleil.

Depuis que Rosetta épie Tchouri, la sonde de l’Agence spatiale européenne (ESA) transmet des images, mais aussi des données en provenance de sa douzaine d’instruments embarqués. Si de nombreuses images ont déjà été publiées, c’est ce vendredi 23 janvier que la revue Science publie sept articles sur les premières observations faites par les scientifiques engagés sur la mission Rosetta. « Cela définit la ligne de base pour le reste de la mission », confie Matt Taylor, un des scientifiques du projet.

Grâce à la caméra à haute résolution de Rosetta, des photos avec d’une résolution de deux pieds et demi par pixel ont pu être prises. Elles ont permis de découvrir la forme de la comète, ses deux lobes reliés par un cou qui ressemblent à un canard en caoutchouc, mais surtout une grande variété de terrains.

Les surfaces découvertes vont des régions lisses couvertes de poussière aux champs de rochers, des falaises abruptes aux grandes dépressions, une diversité surprenant alors que la comète est dans l’ensemble constituée du même matériau partout. Les scientifiques ne savent pas en fait si Tchouri est une seule comète érodée d’une manière inhabituelle, ou deux comètes plus petites qui se seraient heurtées et collées ensemble.

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Un gros plan de la région du « cou » de la comète (ESA).

Preuve de la diversité de la surface de la comète, il y a même des ondulations similaires à des dunes de sable, ce qui n’était pas attendu vu l’absence d’atmosphère et de vent. « Vous devez vous demander si c’est possible ? », s’interroge Nicolas Thomas, un professeur de physique expérimentale à l’Université de Berne. Selon ses calculs, il pourrait être plausible que les éjections de gaz agissent comme du vent alors que les particules sont maintenues ensemble par attraction intermoléculaire connues sous le nom de gravité de Van der Waals. « C’est plausible pour le moment », précise l’auteur de cette étude.

La diversité des terrains a poussé les scientifiques à diviser la surface de la comète en 19 régions, toutes baptisées du nom d’une divinité égyptienne.

Dans la région du cou, il existe une falaise d’environ 3 000 pieds de haut, avec des fractures de centaines de pieds de long. Les scientifiques s’interrogent sur ce qu’ils voient. Est-ce que ces lignes reflètent la superposition du matériau constituant la comète, ou de fissures causées par les réchauffements et refroidissement de la matière lors des passages près et loin du soleil ?

Les régions lisses sont tout autant intrigantes avec des structures circulaires « qui sont très, très bizarres ». « Pour être francs, nous ne savons pas comment ces choses se sont créées. Nous n’en avons aucune idée », explique Nicolas Thomas.

Une longue fissure d’environ un mètre de large et plusieurs centaines de mètres de long s’étend autour du cou. Le Dr Thomas dit qu’il est difficile de savoir si la comète est sur le point de se casser en deux…

Tout aussi surprenants, les jets de gaz émanent actuellement de la région du cou, une région nommée Hapi. C’est surprenant, car le cou est souvent dans l’ombre, donc au froid. C’est peut-être « la plus faible gravité de cette région » qui explique ce phénomène, estime le Dr Sierks.

Les photographies prises par Rosetta ont bien évidemment permis d’étudier Tchouri, mais aussi de rechercher l’atterrisseur Philae. En effet, depuis son atterrissage mouvementé sur la comète, le 12 novembre dernier, le robot a rebondi plusieurs fois avant de s’immobiliser.

Si on sait que sa position n’est pas aussi bonne que prévu, en raison de son manque d’ensoleillement, donc d’énergie pour fonctionner, c’est surtout sa localisation exacte qui est un souci, pour savoir quand Philae va se réveiller.

Une grande fracture qui traverse la comète. (ESA)
Une grande fracture qui traverse la comète. (ESA)

À la mi-décembre, la caméra haute résolution de Rosetta a pris des clichés de l’endroit supposé où serait situé Philae. Malgré les quatre millions de pixels de l’image, les scientifiques n’ont pas pu localiser l’atterrisseur.

Holger Sierks, chercheur principal pour la caméra principale de Rosetta, explique que des photographies des environs de la position de Philae ont été prises après son atterrissage. Il ajoute qu’il est toujours prévu que le robot se réveille au printemps. Il précise également que, même si Philae ne se réveillait pas, Rosetta pourrait le repérer d’ici quelques mois, à l’approche du soleil.

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Une fille dans l’informatique était mal vue à l’époque de mes études. C’est pour cette raison que l’on m’a cantonné à des rôles secondaires lors des travaux de groupe, notamment celui de centralisateur des informations. Ce rôle central, au final crucial, m’a plu. C’est comme cela que je suis devenue chef de projet. Plus tard, cette attirance pour l’information m’a poussé à suivre des cours de journalisme.
Comme j’avais la propension de centraliser l’actualité technologique, un ami m’a dit un jour : «Emilie, tu peux le faire ». C’est comme cela que je me suis retrouvée embarquée dans l’aventure de linformatique.org. Vu mon boulot, ce sont surtout les nouvelles technologies qui m’intéressent le plus.

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