Mars : ce méthane qui soulève tant de questions

Le fait que Curiosity n’ait de prime abord pas découvert de méthane a soulevé des questions. Maintenant que du méthane a été détecté, d’autres questions sont soulevées.

Depuis son arrivée sur Mars en 2012, le rover de la NASA Curiosity n’avait pas pu clairement identifier la présence de méthane sur la planète rouge, et cela même malgré la très grande sensibilité de son instrument de mesure TLS-SAM.

La situation était telle que, l’année dernière, les équipes en charge du sujet ont même publié un article qui évoquait la possibilité que Mars soit vierge de tout méthane, ce qui était une grosse déception en soi vu que ce gaz est une molécule est très présent dans les cycles biologiques sur Terre. Cette absence de méthane rendait encore un peu plus improbable l’existence d’une vie martienne.

Alors que les scientifiques ont commencé à douter de pouvoir découvrir du méthane sur Mars, un article publié mercredi dans Science vient tout remettre en cause. En effet, entre juin 2013 et janvier 2014, le rover Curiosity a reniflé des pics de méthane de l’ordre de grandeur de 7 ppb (parties par milliard), ce qui signifie que sept milliardièmes de l’air martien inhalé par Curiosity à ce moment-là étaient du méthane, soit près de 250 fois moins que sur Terre.

Par rapport à rien, ces émanations n’ont été une grande découverte. De fait, cette découverte a amené les chercheurs à affiner leurs mesures en effectuant un tamisage moléculaire pour enlever le dioxyde de carbone avant toute analyse. C’est par ce biais qu’ils ont constaté que ce qu’ils avaient considéré comme étant un bruit de fond instrumental était en fait le signe que l’atmosphère martienne contient en permanence une quantité infime de méthane, environ 0,5 ppb.

Pierre-Yves Meslin, chercheur à l’Institut de recherche en astrophysique et planétologie de l’Observatoire Midi-Pyrénées, explique à ce sujet que « La matière organique apportée par les météorites pourrait suffire à expliquer ce léger fond de méthane ».

Par contre, cela n’explique pas les brusques bouffées observées. Pierre-Yves Meslin émet l’hypothèse d’un réservoir souterrain qui a libéré une partie de son gaz pour une raison ou une autre », que cela soit à cause d’un séisme, d’un glissement de terrain ou simplement l’impact d’une météorite.

Malheureusement pur cette explication, les sondes en orbite n’ont distingué aucun impact récent aux alentours.
Si l’hypothèse du réservoir semble tout de même plausible, reste encore à savoir quelle est l’origine de méthane. Est-ce que cela serait biologique, ce qui serait une explication séduisante vu qu’elle accréditerait la vie sur Mars, ou géologique ?

Si cette question est toujours en suspens, une autre l’est tout autant. En effet, si ces émanations sont des événements exceptionnels, cela signifie que Curiosity avait une infime probabilité de les croiser par hasard en se retrouvant au bon endroit et au bon moment à l’endroit voulu. « Il est plus raisonnable de penser que ces brusques émanations sont très courantes », estime François Forget, directeur de recherche au Laboratoire de météorologie dynamique (CNRS-École polytechnique-UPMC-ENS) et spécialiste de l’atmosphère martienne.

Par ailleurs, le méthane est censé avoir une durée de vie de 300 ans sur Mars. Cela signifie que le gaz devrait s’être largement répandu de façon uniforme dans l’atmosphère, ce qui n’est pas le cas. De fait, il existe vraisemblablement un mécanisme inconnu qui détruit rapidement le méthane. Cette énigme non encore élucidée expliquerait les observations de panaches de méthane martiens, curieuses et contestées, qui disparaissent en quelques années, mais aussi les disparités de concentration mesurées par la sonde européenne Mars Express.

Si Curiosity n’arrive pas à fournir de réponse à toutes ces questions, il faudra attendre la mission russo-européenne ExoMars Trace Gas Orbiter, qui doit s’envoler en 2016, pour peut-être fournir des éléments de réponse. Son objectif principal sera justement de découvrir l’origine du méthane martien.

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Une fille dans l’informatique était mal vue à l’époque de mes études. C’est pour cette raison que l’on m’a cantonné à des rôles secondaires lors des travaux de groupe, notamment celui de centralisateur des informations. Ce rôle central, au final crucial, m’a plu. C’est comme cela que je suis devenue chef de projet. Plus tard, cette attirance pour l’information m’a poussé à suivre des cours de journalisme.
Comme j’avais la propension de centraliser l’actualité technologique, un ami m’a dit un jour : «Emilie, tu peux le faire ». C’est comme cela que je me suis retrouvée embarquée dans l’aventure de linformatique.org. Vu mon boulot, ce sont surtout les nouvelles technologies qui m’intéressent le plus.

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